Des vignes au bord d’un lac, à trois heures de la Jungfrau
Lavaux se trouve à l’autre bout du pays par rapport à Interlaken, sur la rive nord du Léman entre Lausanne et Montreux. Ce n’est pas un complément naturel à un séjour dans l’Oberland bernois comme peuvent l’être Gruyères ou Berne, et le trajet exige une journée entière plutôt qu’une escapade glissée entre deux excursions en montagne.
Ce qui attend le visiteur est un paysage vraiment différent des sommets et des lacs autour d’Interlaken : environ 800 hectares de vignes construites en terrasses de pierre, sur des pentes si raides que la majeure partie du travail se fait encore à la main, avec les eaux du Léman qui renvoient la lumière vers les rangs de vigne. L’UNESCO a classé ces terrasses au patrimoine mondial en 2007, pour la combinaison du paysage et d’une méthode de culture restée quasiment inchangée depuis des siècles.
Depuis Interlaken Ost, il faut compter environ trois heures quel que soit l’itinéraire choisi. Une option passe par Berne et Lausanne en trains InterCity classiques, avec un ou deux changements selon la correspondance. L’option la plus pittoresque est la ligne du GoldenPass, qui relie Zweisimmen à Montreux à travers le Simmental et offre de belles vues sur les Alpes vaudoises avant de redescendre vers le lac.
Depuis Montreux, les trains régionaux atteignent Vevey en moins de dix minutes, et les villages de Lavaux se trouvent dix à vingt minutes plus loin. Le Swiss Travel Pass couvre l’ensemble du trajet ; sans lui, l’aller-retour depuis Interlaken représente une part non négligeable du budget de la journée, d’où l’intérêt de vérifier les options de pass avant de réserver quoi que ce soit d’autre.
Vu la distance, la plupart des visiteurs traitent Lavaux et Vevey comme une seule longue journée : un train tôt le matin, plusieurs heures partagées entre le sentier viticole et les musées de Vevey, et un train de retour qui ramène à Interlaken en soirée. Une nuit sur place, à Vevey ou dans l’un des villages viticoles, permet un rythme plus calme, avec une visite de cave en soirée et une balade tranquille le lendemain matin avant que les trains de retour ne se remplissent de pendulaires.
Les terrasses de l’UNESCO : comment elles sont nées
Ces terrasses n’ont rien de décoratif. Des moines de l’abbaye cistercienne de Montheron, puis des bénédictins, ont commencé à murer les pentes au-dessus du lac dès le onzième siècle, taillant des bandes plates dans un terrain trop pentu pour être planté autrement et bâtissant des murs de soutènement en pierre sèche qui s’élèvent par endroits sur plusieurs mètres.
Le lac en contrebas agit comme un réservoir de chaleur, renvoyant la lumière du soleil vers les vignes et atténuant le gel, ce qui explique pourquoi le raisin mûrit ici à une latitude où il aurait normalement du mal. Le cépage dominant est le chasselas, un blanc qui donne des vins légers et minéraux qui quittent rarement la Suisse — la production est modeste et se boit surtout dans le pays, ce qui explique en partie pourquoi le vin suisse reste méconnu à l’étranger.
Les terrasses s’étirent sur une bande presque continue d’environ 30 kilomètres, à travers une succession de villages qui gardent chacun leur caractère : Lutry, Cully, Riex, Épesses, Rivaz, Saint-Saphorin et Chexbres, d’ouest en est. Aucun n’est très grand — la plupart comptent de quelques centaines à quelques milliers d’habitants — et aucun n’est devenu une ville de villégiature, ce qui laisse les vignes comme terre de travail plutôt que comme simple décor. La ligne ferroviaire du bord du lac, entre Lausanne et Montreux, longe le haut des terrasses avec des arrêts dans plusieurs de ces villages, ce qui rend la région facile à visiter sans voiture : marcher un tronçon, reprendre le train en arrière ou en avant, et recommencer.
Marcher le sentier viticole : de Chexbres à Lutry
Le Sentier du Lavaux, balisé, parcourt toute la longueur des terrasses de Lutry à Chexbres, sur une distance d’environ 11 kilomètres qui demande trois à quatre heures à un rythme tranquille avec des pauses. Il suit de petites routes et des chemins de gravier entre les rangs de vigne, assez près pour toucher les plants, avec le lac presque toujours visible en contrebas et, par temps clair, la silhouette des Alpes françaises souvent visible de l’autre côté de l’eau.
Le sentier n’a pas de montée importante sur une seule section — quelques courtes liaisons abruptes entre les niveaux de terrasses — mais il n’est pas plat non plus ; il faut compter quelques centaines de mètres de dénivelé, montées et descentes cumulées, sur l’ensemble du parcours.
Peu de visiteurs marchent la totalité du trajet. Le tronçon central, le plus gratifiant, va de Rivaz à Cully, environ 5 kilomètres et une heure et demie à deux heures, en passant par Saint-Saphorin, l’un des villages viticoles les mieux préservés, avec un ensemble de maisons de pierre et de portes de cave directement sur la ruelle.
Comme le train s’arrête dans presque chaque village le long du parcours, il est facile de marcher un tronçon puis de reprendre le train jusqu’au point de départ, ou de marcher dans un sens et de rentrer en bateau depuis Cully ou Lutry plutôt que de refaire le chemin en sens inverse. Il y a très peu d’ombre sur la majeure partie des terrasses, donc une après-midi de plein été n’est pas le meilleur moment pour s’y aventurer ; la fin de matinée ou le début de soirée offrent une lumière plus agréable et de meilleures photos.
| Tronçon | Distance | Durée | Remarques |
|---|---|---|---|
| Chexbres à Rivaz | ~2,5 km | 45-60 min | Terrasses les plus raides, meilleures vues sur le lac |
| Rivaz à Saint-Saphorin | ~1,5 km | 30 min | Passe devant plusieurs portes de cave ouvertes |
| Saint-Saphorin à Cully | ~2 km | 45 min | Tronçon le plus plat, bien pour une courte visite |
| Cully à Lutry | ~4 km | 1-1,5 heure | Plus proche de Lausanne, plus fréquenté près de Lutry |
Déguster dans les caves : comment fonctionnent les caves ouvertes
Le long du sentier, de petits panneaux peints à la main marqués « Caves Ouvertes », ou simplement une grappe de raisin, indiquent les portes de cave où un vigneron verse une dégustation du millésime en cours, généralement contre une petite participation ou en espérant un achat. C’est informel et dépend de qui se trouve sur place ; il ne s’agit pas d’un système de dégustations programmées à horaires fixes.
La version organisée est le week-end des Caves Ouvertes Lavaux, qui a lieu chaque année fin mai, lorsque les vignerons de tous les villages ouvrent leurs caves ensemble, vendent des verres de dégustation à un point central, et les trains comme les sentiers deviennent nettement plus fréquentés qu’un jour ordinaire. En dehors de ce week-end, plusieurs producteurs de Rivaz, Saint-Saphorin et Cully maintiennent des salles de dégustation ouvertes l’après-midi durant l’été et le début de l’automne.
Une option guidée évite d’avoir à chercher une porte ouverte et apporte un éclairage sur les cépages et les terrasses elles-mêmes. Une visite guidée des vignobles de Lavaux avec dégustation comprend généralement des arrêts dans deux ou trois caves avec un guide local qui explique la construction des terrasses et le cépage chasselas, une façon raisonnable de déguster correctement sans avoir besoin de parler français ni de frapper à des portes inconnues.
Vevey : une ville lacustre active, pas une station balnéaire
Vevey se trouve à l’extrémité est des terrasses de Lavaux, au bord du lac, et fonctionne comme une véritable ville plutôt qu’une étape touristique — c’est le siège de Nestlé, et l’économie active se ressent d’une manière qu’on ne retrouve pas dans les villes lacustres plus ouvertement touristiques. La vieille ville est compacte : une place de marché (la Grande Place) qui accueille un marché le mardi et le samedi matin, quelques maisons de marchands restaurées, et une promenade au bord du lac avec vue sur la rive française et, par temps clair, sur le mont Blanc au loin.
Le principal site pour la plupart des visiteurs est l’Alimentarium, un musée consacré à l’alimentation, financé par Nestlé mais plus large qu’une simple vitrine d’entreprise — il traite de la cuisine, de la digestion, de l’agriculture et de la culture alimentaire à travers des expositions interactives, et convient bien aux familles puisqu’une grande partie se manipule plutôt que de se regarder derrière une vitrine. Dehors, une sculpture représentant une fourchette géante se dresse dans le lac juste à côté de la promenade, un repère local bien connu et un lieu de photo populaire, que le musée soit ou non au programme.
Vevey est aussi le siège de la Fête des Vignerons, un événement reconnu par l’UNESCO qui n’a lieu que tous les quelques dizaines d’années — la dernière édition remonte à 2019 — et qui transforme toute la ville en scène pour des défilés et des spectacles célébrant l’année viticole. Ce n’est pas un événement à planifier sauf si les dates coïncident ; entre deux éditions, Vevey est une ville plus tranquille, au rythme du quotidien.
Des croisières sur le Léman partent du port de Vevey, exploitées par la compagnie de bateaux à vapeur CGN, et offrent une façon détendue de découvrir le rivage et les vignobles depuis l’eau plutôt qu’à pied. Une croisière de deux heures le long de la Riviera au départ de Vevey couvre Montreux et les vignobles sans avoir besoin de planifier un itinéraire de marche, et une option plus longue, une croisière de trois heures au départ de Lausanne à travers la Riviera et la région de Lavaux, prolonge le trajet le long du rivage pour les visiteurs basés plus près de Lausanne.
Chaplin’s World
Juste au-dessus de Vevey, dans le quartier de Corsier-sur-Vevey, se trouve le Manoir de Ban, la maison où Charlie Chaplin a vécu avec sa famille de 1953 jusqu’à sa mort en 1977, après avoir quitté les États-Unis durant l’ère maccarthyste. La propriété a ouvert au public en 2016 sous le nom de Chaplin’s World, combinant une visite de la maison et des jardins restaurés avec un bâtiment de studio séparé qui recrée des décors de tournage et des objets de sa carrière. C’est un musée soigné et approfondi, pas un simple arrêt photo, et une visite complète prend deux à trois heures.
C’est aussi l’une des attractions les plus chères de la région : l’entrée adulte dépasse CHF 29, avec des billets familiaux disponibles, et il vaut la peine de vérifier les tarifs actuels avant la visite car ils ont régulièrement augmenté depuis l’ouverture. Pour les visiteurs venant de plus loin, une excursion organisée évite d’avoir à se débrouiller avec les bus locaux entre la gare de Vevey et Corsier — une excursion d’une journée depuis Zurich combinant le château de Chillon, Glacier 3000 et les vignobles de Lavaux couvre beaucoup de terrain pour les visiteurs basés en Suisse alémanique, même si elle n’inclut pas Chaplin’s World et se déroule à un rythme soutenu vu tout ce qu’elle regroupe.
Se déplacer une fois sur place
La ligne ferroviaire du bord du lac (Lausanne–Vevey–Montreux) est l’ossature d’une visite de Lavaux, avec des trains toutes les 15 à 30 minutes environ et de courts trajets de quelques minutes seulement entre les villages. Un billet journalier régional ou le Swiss Travel Pass couvre les déplacements illimités sur cette ligne pour la journée, ce qui compte si le programme prévoit de marcher un tronçon puis de prendre le train pour les autres. Les bateaux CGN relient Vevey, Lausanne, Montreux et Lutry sur un rythme plus lent mais pittoresque, utile pour transformer une marche linéaire en boucle.
Pour ceux qui combinent Lavaux avec le reste de la rive du Léman, une excursion depuis Montreux jusqu’à Glacier 3000 associe les vignobles en contrebas à un paysage d’altitude très différent au-dessus des Diablerets, même si elle ajoute une longue journée compte tenu des temps de correspondance. Les voyageurs venant spécifiquement de l’Oberland bernois combinent parfois le trajet avec Berne elle-même : une excursion d’une journée depuis Berne incluant Lavaux, Sion et un lac souterrain dans les gorges enchaîne plusieurs étapes très différentes en une seule longue journée, ce qui convient aux voyageurs cherchant à couvrir de la distance efficacement plutôt qu’à s’attarder dans un seul endroit.
Pour se repérer une fois à Vevey, une visite guidée de Vevey qui dévoile ses recoins moins connus et ses histoires locales est une bonne façon de replacer la ville dans son contexte au-delà de l’Alimentarium et de la fourchette géante, avec un guide local qui souligne des détails qu’une balade en solo manquerait.
Ce que coûte réellement une journée
Les transports publics depuis Interlaken et retour constituent le principal poste de dépense fixe si l’on voyage sans Swiss Travel Pass ; la nourriture et une attraction composent le reste. Un budget approximatif pour une journée centrée sur le sentier viticole et un café ou un déjeuner léger dans un village se situe plutôt vers le bas de la fourchette ; ajouter Chaplin’s World ou une croisière en bateau fait grimper la note.
| Poste | Coût approximatif (CHF) |
|---|---|
| Aller-retour en train, Interlaken à la région de Vevey | 90-130 sans pass |
| Déjeuner léger ou arrêt boulangerie dans un village viticole | 15-25 |
| Dégustation à la porte d’une cave (informelle) | 5-15 par verre |
| Entrée à l’Alimentarium | 15-20 |
| Entrée à Chaplin’s World | 29 et plus |
| Croisière en bateau sur le Léman (2 heures) | 30-45 |
Erreurs fréquentes
La plus fréquente est de sous-estimer le temps de trajet et d’essayer de caser Lavaux dans la même journée qu’une excursion en montagne depuis Interlaken — le trajet de trois heures dans chaque sens rend cela peu réaliste, et il vaut mieux lui consacrer sa propre journée, idéalement avec une nuit sur place si le temps le permet.
La deuxième erreur est d’arriver sans avoir vérifié quelles caves sont réellement ouvertes ; en dehors du week-end des Caves Ouvertes de fin mai, de nombreuses portes le long du sentier restent fermées en semaine, et s’attendre à une dégustation à chaque arrêt mène à la déception. La troisième est de réserver Chaplin’s World sans vérifier les jours d’ouverture actuels, car le site ferme pour des périodes d’entretien qui n’apparaissent pas toujours clairement dans une recherche rapide.
Questions fréquentes sur Lavaux et Vevey
À quelle distance se trouve Lavaux depuis Interlaken ?
Environ trois heures en train, soit via Berne et Lausanne sur des services InterCity classiques, soit via Zweisimmen et Montreux sur la ligne du GoldenPass, qui ajoute du paysage mais pas vraiment de gain de temps.
Le sentier viticole de Lavaux est-il difficile ?
Aucune difficulté technique, mais ce n’est pas plat — il faut s’attendre à de courtes liaisons abruptes entre les niveaux de terrasses et à peu d’ombre. Le parcours complet de Lutry à Chexbres prend trois à quatre heures ; les tronçons plus courts entre les villages demandent moins d’une heure chacun.
Quand les caves de Lavaux sont-elles ouvertes pour la dégustation ?
Certains producteurs maintiennent des salles de dégustation ouvertes l’après-midi durant l’été et le début de l’automne, mais l’option la plus fiable est le week-end des Caves Ouvertes Lavaux fin mai, lorsque les vignerons de tous les villages ouvrent ensemble.
Chaplin’s World vaut-il le prix d’entrée ?
C’est un musée soigné avec deux à trois heures de contenu, mais l’entrée adulte dépasse CHF 29, l’une des attractions les plus chères de la région, ce qui convient surtout aux visiteurs réellement intéressés par la vie et les films de Chaplin plutôt qu’à un arrêt occasionnel.
Peut-on combiner Lavaux avec Montreux ou Gruyères en une journée depuis Interlaken ?
Combiner avec Montreux est simple puisque les deux villes ne sont qu’à dix minutes de train l’une de l’autre. Ajouter Gruyères en plus fait une très longue journée compte tenu du temps de trajet total depuis Interlaken ; la plupart des visiteurs choisissent l’un ou l’autre plutôt que les deux.
Faut-il une voiture pour visiter Lavaux ?
Non — la ligne ferroviaire du bord du lac s’arrête dans presque chaque village viticole, et les bateaux CGN offrent un itinéraire alternatif le long du rivage, ce qui explique pourquoi la plupart des visiteurs laissent la voiture de côté.
Quelle est la meilleure période de l’année pour voir les terrasses de Lavaux ?
D’avril à octobre en général, avec les vignes vertes durant l’été et qui virent au rouge et à l’or fin septembre et en octobre pendant les vendanges, période que beaucoup considèrent comme la plus photogénique.


