Trois routes à travers les hautes montagnes du Haslital
Le Haslital est la vallée qui s’étend derrière Meiringen, la petite ville à environ 20 minutes de train d’Interlaken Ost. Depuis ses hauteurs, trois routes de montagne partent dans des directions différentes : le col du Grimsel file au sud-ouest vers le Valais, le col du Susten au nord-est vers Uri et le lac des Quatre-Cantons, et le col de la Furka prolonge le Grimsel vers le sud, en direction du glacier du Rhône et d’Andermatt. Aucun de ces trajets n’est un simple détour. Les trois cols dépassent 2 100 mètres, tous trois sont fermés environ la moitié de l’année, et tous trois méritent une journée complète plutôt qu’un après-midi précipité.
Ce n’est pas l’excursion polie et balisée du Jungfraujoch ou du Schilthorn. Aucun chemin de fer unique ne fait le travail ici. C’est une journée de conduite et de car postal, rythmée par des barrages hydroélectriques, un funiculaire véritablement saisissant, et des routes qui étaient des prouesses d’ingénierie à leur époque et qui le restent aujourd’hui.
Depuis Interlaken
Meiringen est la porte d’entrée. Les trains depuis Interlaken Ost partent environ toutes les demi-heures et mettent environ 20 minutes ; de là, les cars postaux poursuivent vers les cols, en été uniquement.
| Étape | Mode | Durée | Coût approx. (aller simple) |
|---|---|---|---|
| Interlaken Ost à Meiringen | Train | ~20 min | CHF 9 (demi-tarif CHF 4,50) |
| Meiringen au col du Grimsel | Car postal | ~55 min | CHF 27 |
| Meiringen au col du Susten (Steingletscher) | Car postal | ~50 min | CHF 25 |
| Interlaken au col du Grimsel | Voiture | ~1 h 15 | Carburant + parking |
Ces tarifs correspondent aux billets standard de seconde classe sans abonnement ; un Swiss Travel Pass couvre le trajet en train, mais les suppléments des cars postaux sur les lignes de montagne ne sont pas toujours inclus, à vérifier avant de monter. En voiture, le stationnement sur les cols eux-mêmes se limite à des places le long de la route et à de petits parkings payants près du Grimsel Hospiz et du Steingletscher — arriver avant 10 h le week-end permet d’éviter le pire.
Col du Grimsel : barrages, réservoirs et une route née de l’hydroélectricité
La route du col du Grimsel grimpe hors du Haslital par une longue série de lacets au-dessus de deux grands réservoirs, le Grimselsee et le Räterichsbodensee, tous deux construits pour l’hydroélectricité au milieu du XXe siècle. Les barrages eux-mêmes valent l’arrêt : le barrage de Spitallamm, qui retient le Grimselsee, est une véritable prouesse de génie civil en béton, et un nouveau barrage a été achevé aux côtés de l’ancien en 2023, après que des inspections eurent révélé des fissures dans la structure d’origine.
Au sommet, à 2 164 mètres, se trouve le Grimsel Hospiz, un hôtel-restaurant dont l’histoire remonte à un hospice médiéval pour les voyageurs traversant le col à pied. Ce n’est pas donné — comptez CHF 25 à 35 pour un déjeuner simple — mais c’est la seule véritable étape au sommet, et la terrasse avec vue sur le réservoir justifie qu’on s’y arrête plutôt que de foncer tout droit.
Depuis le sommet du Grimsel, la route continue soit par le col de la Furka vers l’Aletsch Arena et le Valais, soit redescend par le même chemin pour ceux qui ne font que le Grimsel et le Susten.
Le lac de Gelmer et le funiculaire le plus raide du monde
Le vrai point fort du versant Grimsel est un détour facile à manquer : le Gelmerbahn. Depuis l’arrêt de Handegg sur la route du col (ou le propre parking du Gelmerbahn), un petit funiculaire grimpe avec une pente maximale de 106 % — au point que certaines portions de la voie sont littéralement en surplomb — jusqu’au lac de Gelmer, un réservoir turquoise laiteux cerné de roche nue et de vallées suspendues.
Le funiculaire a été construit en 1926 pour desservir le chantier du barrage et fonctionne toujours sur son tracé d’origine, aujourd’hui uniquement pour les touristes. Un billet aller-retour coûte un peu plus de CHF 30, le trajet dure environ six minutes dans chaque sens, et il ne fonctionne que d’environ début mai à fin octobre, selon la météo et l’entretien. Une fois en haut, un sentier plat longe la rive du lac pour ceux qui veulent une courte marche plutôt que la seule vue depuis la plateforme du funiculaire ; prévoir au moins deux heures au total pour l’aller-retour et la balade.
C’est l’un des rares endroits où réserver à l’avance a de l’importance en juillet et en août — les files d’attente pour le funiculaire peuvent dépasser une heure un samedi ensoleillé, et il ferme par grand vent.
Col du Susten : la route à travers la glace
Le col du Susten, à 2 224 mètres, relie Innertkirchen dans le Haslital à Wassen dans le canton d’Uri, et il est généralement considéré comme le plus spectaculaire des deux routes sur le plan paysager, avec le glacier du Steingletscher visible directement depuis la route côté est. Construit entre 1938 et 1945, ce fut l’un des projets routiers les plus ambitieux de son époque, taillé dans le granit avec des tunnels et des viaducs plutôt que de simples lacets — et cela se voit : le revêtement et les pentes sont plus doux que sur le versant ouest du Grimsel, ce qui explique en partie pourquoi les cyclistes et les motards l’apprécient particulièrement.
L’hôtel du Steingletscher, juste en dessous du sommet côté Uri, offre une vue directe sur le glacier en retrait et sert des repas aux non-résidents ; c’est une étape déjeuner naturelle si les horaires du Grimsel Hospiz ne conviennent pas. Le glacier lui-même a reculé de manière visible ne serait-ce qu’au cours de la dernière décennie — un rappel saisissant et photogénique de ce qui se joue dans toute la région, en écho à l’Oeschinensee de Kandersteg et au glacier d’Aletsch plus au sud.
Un mot pour les cyclistes : l’ascension du Susten, quel que soit le versant, est une étape reconnue du Tour de Suisse, environ 20 km de montée depuis Innertkirchen avec une pente moyenne de 5 à 6 %, gérable selon les standards des cols alpins, mais longue. La bande cyclable est réduite sur certaines sections, il faut donc compter sur un partage de la route avec voitures et cars en haute saison.
Le col de la Furka et le glacier du Rhône qui disparaît
Pour ceux qui disposent d’une journée supplémentaire complète, le col de la Furka part directement du sommet du Grimsel à Gletsch, monte jusqu’à 2 429 mètres avant de redescendre vers Andermatt et, finalement, Zermatt via Brigue. Il est surtout connu pour deux choses : la grotte de glace du glacier du Rhône, une véritable caverne creusée chaque été dans le glacier en recul (et recouverte en hiver de couvertures réfléchissantes pour tenter de ralentir la fonte), et la route en épingles utilisée comme décor de course-poursuite dans le film de James Bond Goldfinger.
La grotte de glace est une attraction payante (environ CHF 12), accessible par une courte marche ou une navette depuis le parking de Gletsch, et il faut être honnête : le glacier a reculé si loin et si vite que la grotte se trouve aujourd’hui bien en dessous de sa position d’il y a seulement quinze ans, et elle est un peu moins impressionnante chaque été. Cela vaut tout de même dix minutes si l’on est déjà sur le col, mais pas un déplacement dédié.
La ligne de car postal des Trois Cols
Pour les voyageurs sans voiture, PostAuto Suisse propose en été une ligne souvent commercialisée sous le nom de Drei-Pässe-Fahrt, reliant Meiringen aux trois cols en un seul trajet circulaire ou point à point, généralement via le Grimsel, la Furka et le Susten pour revenir à Meiringen (ou l’inverse). Elle circule environ de fin juin à début octobre, avec un ou deux départs par jour selon l’horaire de l’année, et la boucle complète prend la majeure partie d’une journée — plutôt sept à huit heures avec les arrêts.
Il est conseillé de réserver en juillet et en août ; les véhicules utilisés sur les routes de col sont plus petits que des cars standard, pour passer les épingles, et les départs les plus prisés se remplissent vite. C’est vraiment l’une des meilleures façons de voir trois hautes routes alpines sans conduire soi-même sur des lacets inconnus, et elle convient parfaitement à qui séjourne à Interlaken sans voiture de location — voir conduire et se garer dans la région de la Jungfrau pour une vue d’ensemble sur l’intérêt de louer une voiture ou non.
Quand les cols sont ouverts — et quand ils ne le sont pas
| Col | Ouverture habituelle | Fermeture habituelle | Remarques |
|---|---|---|---|
| Col du Grimsel | Début à mi-juin | Mi-octobre | Ferme plus tôt les années de forte neige |
| Col du Susten | Fin mai à mi-juin | Fin octobre | Généralement le dernier des trois à fermer |
| Col de la Furka | Mi-juin | Mi-octobre | Dépend du déneigement de la route du glacier du Rhône |
| Funiculaire du Gelmerbahn | Début mai | Fin octobre | Fermetures possibles à tout moment pour météo ou entretien |
Ces dates varient de deux à trois semaines dans un sens ou dans l’autre selon l’enneigement de l’hiver précédent, et aucun des trois cols ne dispose de webcams ou de pages d’état en temps réel qui dispensent totalement de vérifier avant de partir. Ne planifiez pas un déplacement pour début juin ou mi-octobre sans confirmer l’état actuel ; arriver pour trouver une barrière et un panneau de déviation gâche toute la journée. La même prudence s’applique aux excursions en montagne dans l’Oberland bernois en général — les fermetures d’entretien de printemps et d’automne sont la première cause de journées gâchées dans cette région.
Voiture, car postal ou vélo
Les conducteurs bénéficient de la plus grande liberté et peuvent s’arrêter où bon leur semble, mais doivent être à l’aise avec une conduite soutenue en lacets, partager la route avec cyclistes et cars en juillet-août, et accepter un stationnement limité aux meilleurs points de vue. Les voyageurs en car postal échangent cette liberté contre un trajet reposant et sans stress de navigation, mais restent liés à un horaire fixe et à quelques arrêts. Les cyclistes vivent l’expérience complète des deux ascensions à leur propre rythme, mais doivent s’attendre à une journée exigeante — le Susten et le Grimsel réunis représentent bien plus de 3 000 mètres de dénivelé cumulé en aller-retour, à ne pas sous-estimer sans entraînement récent en montagne.
Aucun des trois cols n’est desservi par un train régulier ; les chemins de fer de l’Oberland bernois et les téléphériques desservent Grindelwald, Wengen et le versant de la Jungfrau, pas les cols du Haslital, ce qui explique précisément pourquoi ce coin de la région reçoit bien moins de visiteurs que Grindelwald First ou le Harder Kulm un jour d’été comparable.
Où s’arrêter et manger
Au-delà du Grimsel Hospiz et de l’hôtel du Steingletscher déjà mentionnés, Innertkirchen, au pied du versant Susten, compte quelques cafés et un supermarché Coop pour qui veut préparer un déjeuner moins cher avant la montée — une bonne idée vu le choix limité et les prix élevés au-dessus de 1 800 mètres. Gletsch, au croisement des routes du Grimsel et de la Furka, possède un grand hôtel historique datant de l’essor touristique du XIXe siècle, aujourd’hui ouvert de façon saisonnière, avec une terrasse-restaurant donnant directement sur les lacets de la Furka.
Meiringen elle-même, point de départ et d’arrivée naturel, pratique des prix de restaurant suisse ordinaires plutôt que des tarifs de sommet, et mérite un arrêt au retour — voir le lien avec Sherlock Holmes à Meiringen, qui donne à la ville une seconde notoriété inattendue, au-delà des cols et des gorges de l’Aare toutes proches.
Points pratiques avant de partir
Quelques éléments comptent ici plus que sur la plupart des excursions depuis Interlaken. Faites le plein avant d’entamer la boucle — aucune station-service ne se trouve sur les trois cols, les plus proches étant à Meiringen ou Innertkirchen. Le mal des transports touche une part non négligeable des passagers dans les lacets serrés du Grimsel ; en cas de sensibilité, mieux vaut s’asseoir à l’avant du car postal ou prendre le volant plutôt que le siège passager.
Le réseau mobile disparaît par endroits près des trois sommets, pensez donc à télécharger des cartes hors ligne à l’avance. Des couches chaudes valent la peine même en août, car les sommets dépassent 2 100 mètres et le refroidissement éolien sur une route de col exposée n’a rien à voir avec un après-midi ensoleillé à Interlaken, à 568 mètres.
Pour ceux qui hésitent avec d’autres grandes journées de l’Oberland bernois, cette excursion se compare aux options du guide des excursions d’une journée depuis Interlaken et s’accorde naturellement avec un Grand Tour de Suisse complet pour qui dispose d’une semaine entière et d’une voiture. C’est une journée plus longue et plus autonome que les excursions en téléphérique de la région, et c’est précisément là son intérêt : moins de monde, une véritable histoire d’ingénierie, et des panoramas que la plupart des visiteurs d’Interlaken ne voient jamais, faute de quitter le versant de la Jungfrau.


